Lettre au ministre de la santé



La décision concernant la version finale du décret, reposant maintenant sur le ministre Xavier Bertrand, nous avons décidé lors d'une rencontre avec le CA du Collège CEGT d'écrire un texte en commun sur nos interrogations, nos désaccords et notre positionnement actuel au vu des propositions de décret telles quelles ont été communiquées lors des réunions de concertations.


De: Collège Européen de Gestalt thérapie, 86 Bd Malesherbes. 75008 Paris
et La Société Française de Gestalt. 5 rue du Renard. 95490 Paris

A : Monsieur Xavier Bertrand
Ministre de la Santé et des Solidarités
14, avenue Duquesne. 75007Paris

Monsieur Le Ministre,

Avec I'ensemble de la profession de psychothérapeutes relationnels, nous suivons très attentivement les débats depuis le projet de la loi "Accoyer". Nos deux associations, Collège Européen de Gestalt-thérapie créé en 1996 et la Société Française de Gestalt créée en 1981 représentent six cents gestalt thérapeutes. Le C.E.G-T et la S.F.G sont des associations de professionnels de la psychothérapie et nous avons depuis 25 ans le souci d'assurer une garantie de qualité et de compétence des gestalt-thérapeutes. C'est pourquoi nous avons mis en place des procédures exigeantes d'agrément et de titularisation et seuls les membres titulaires apparaissent dans des annuaires accessibles au public.

Nous rejetons la loi dans sa dernière rédaction, et le projet de décret sur l'usage du titre de psychothérapeute car plusieurs points nous apparaissent préjudiciables tant pour le public que pour les professionnels sérieux que nous reconnaissons qui se réfèrent à notre processus de validation et que reconnaissent d'autres organismes tel que l'AFFOP.

Les décrets, ainsi que la loi fixent la connaissance de la psychopathologie comme seule compétence nécessaire aux futurs psychothérapeutes. Si cette connaissance nous semble importante, elle ne saurait toutefois en aucun cas constituer un savoir-faire en matière de pratique effective de la psychothérapie. Le titre de psychothérapeute n'apporte donc strictement aucune garantie quant à la compétence dans ce savoir-faire et accentue la confusion du public qui est en droit d'attendre d'un psychothérapeute reconnu légalement, qu'il soit, au minimum, formé à la conduite de psychothérapies. Advenir gestalt-thérapeute est un processus complexe qui vise à pouvoir, dans leur exercice, interroger sans cesse la cohérence de la méthode, en l'occurrence la Gestalt-thérapie, avec les questions d'éthique, avec les questions de compréhension de la personne dans les subtils échanges qu'elle établit avec son environnement, avec les questions d'anthropologie et de souffrance et aussi de psychopathologie … Ce fond théorique est associé à une longue psychothérapie personnelle du gestalt-thérapeute qui est la garantie de pouvoir accompagner un patient de manière constructive et respectueuse sur la base d'une altérité dans la relation.

Le projet de décret nie notre spécificité et tend à l'élimination de la psychothérapie relationnelle en la mettant sous le contrôle de la médecine, de la psychiatrie et de la psychologie universitaire. Nous ne nous reconnaissons absolument pas dans une définition qui se présente abusivement comme scientifiquement validée de la psychothérapie et trouvons très préoccupante cette dérive scientiste autour du mal-être qui évince cette question essentielle du sujet. Le projet de décret relatif au titre de psychothérapeute maintient la confusion et abuse le public au lieu de le protéger.

Si ce projet est adopté dans l'état, nous continuerons à exercer, soutenus par un large public et par les professionnels qui nous font confiance. Il nous semble que le sérieux de nos associations mérite cette confiance. Nous serons très attentifs aux choix que vous ferez.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre haute considération.



La société Française de Gestalt Le collège Européen de Gestalt-thérapie
Catherine Deshays, Vice-présidente Bruno Dumait, Président